Le contraste entre les actualités venues de France et cette paix, cette harmonie que je ressens pendant mon voyage au Japon est saisissant.
La journée, en visitant, je suis hyper occupée, et je vis un rêve éveillé. Moi qui rêvais de ce voyage depuis des années.
Mais dès que je me pose le soir et que je vois les actualités, les violences sexuelles qui sont dénoncées, les violences envers des lycéens qui demandent juste un avenir, je me demande comment vivre en 2026. Et quel est mon rôle à jouer, dans ce contexte.

Le lien entre toutes ces violences ? Le pouvoir
Ce qui relie toutes ces violences, c’est le pouvoir. Le v*ol n’est pas du se*e, c’est de la violence, une façon de ressentir du pouvoir sur l’autre en s’imposant à son corps. Et la violence qui réprime les manifestations de lycéens est une énième preuve de ce pouvoir qui s’impose à nous, comme dans d’autres actualités en France d’ailleurs.
Respecter le vivant – le concept de non-appropriation
L’Ayurveda n’est pas qu’une médecine, c’est également une façon de vivre. De respecter le vivant. Cela inclut un concept important : la non-appropriation de ce qui n’est pas à soi, asteya, que l’on retrouve aussi dans la philosophie du yoga. Une habitude bien ancrée parmi les hommes, sur le corps des femmes mais aussi sur la Nature.
S’approprier le corps des femmes, s’approprier la Nature, faire taire la jeunesse qui réclame un avenir : c’est toujours la même logique de domination, à l’opposé du respect du vivant.
« Tu n’es pas très calme pour une prof de yoga »
Phrase prononcée par une psychologue lors de notre première (et dernière) rencontre. La colère peut être juste et elle a sa place comme toutes les émotions – dans ce cas pour nous indiquer que nos limites / frontières ont été dépassées. Pour ceux et celles qui trouvent ma prise de parole étonnante, sachez que le yoga n’a pas pour objectif de nous faire tendre l’autre joue, ni de nous rendre insensibles au monde qui nous entoure, mais d’apporter clarté mentale et discernement pour rechercher ce qui est juste : sattva.

Faire le dos rond
Prendre soin de soi individuellement, ça ne suffit pas, même si c’est plus facile que de faire changer les choses à l’extérieur. Et j’en ai marre de faire le dos rond, de travailler sur moi-même dans mon coin, car finalement je commence à me sentir complice de ce système que je dénonce pas assez ouvertement à mon goût.
Si j’ai mis autant de temps à en parler, à accepter de dénoncer et de me battre, c’est aussi parce que j’ai appris à être une « gentille fille ». Ça fait partie de mon caractère, qui a été formaté pour répondre aux attentes.
Ce que ça m’a coûté
Cela fait des années que je « travaille » sur ma santé mentale et physique pour me remettre de la vie / cette culture du v*ol (rayer la mention inutile). Ces violences, je les ai vécues durant mon enfance, mais également dans ma vie d’adulte. Et je sais trop ce que ça coûte, dans tous les sens du terme.
J’en rigole parfois en disant que j’aurais pu m’acheter une grosse Mercedes et m’épargner des heures de thérapie, de relations amicales, amoureuses et familiales abîmées ou gâchées. J’aurais pu faire autre chose de ces centaines d’heures dépensées à me réparer de la violence, subie parce que je suis une femme.
Intervenir après

En Ayurveda, on a pour coutume de prendre les problèmes à la racine quand c’est possible : on s’intéresse aux pré-symptômes, avant l’apparition de la maladie.
Pourtant, avec ma casquette de prof de yoga et de thérapeute, j’ai l’impression d’intervenir APRÈS. Après les traumatismes de l’enfance, le sacrifice de sa santé et de son temps pour les autres, après le burn-out, les violences médicales, au travail, etc. Et ça ne me suffit pas. J’aimerais aller chercher la cause de nos maux et contribuer à la démolition de ce patriarcat qui domine et détruit la Nature et les femmes.
Pourquoi j’accompagne les femmes
C’est aussi pour ça que j’accompagne les femmes. Parce que je connais de l’intérieur ce que coûtent les traumatismes, ceux de l’enfance comme ceux de la vie d’adulte, et tout ce qu’il faut ensuite de temps, d’énergie et d’argent pour se reconstruire. Parce que je sais combien il est précieux d’être accompagnée par quelqu’un qui comprend sans qu’on ait besoin de tout expliquer. Et parce que j’ai envie que les femmes que j’accompagne retrouvent, en plus de l’apaisement, assez de force et de clarté pour ne plus faire le dos rond, elles non plus. Pour rétablir un peu de justice, à ma façon.
De la petite fille sage à la colère de Durga

Et là, je sens monter progressivement en moi cette énergie puissante de Durga, celle de la Terre qui se défend après avoir été attaquée. Dans la mythologie hindoue, quand le démon-buffle Mahishasura menace l’équilibre du monde et qu’aucun dieu ne parvient à l’arrêter, ils unissent leurs forces pour faire naître Durga, la déesse guerrière montée sur son lion, qui part au combat pas pour détruire, mais pour restaurer l’équilibre du monde qui est menacé. Et c’est de son front, plissé par la colère, que surgit Kali, sa forme la plus féroce.
C’est tout l’inverse de l’énergie dans laquelle j’ai grandi, celle du dos rond, de la petite fille sage qui encaisse sans rien dire pour correspondre aux attentes. Même le corps le raconte : le dos rond, c’est la posture de celle qui se protège en se faisant toute petite, alors que Durga se tient droite, le regard clair, les bras chargés des armes que les dieux lui ont confiées. Encaisser, c’est garder la violence en soi, jusqu’à ce qu’elle nous abîme de l’intérieur. Se défendre, c’est enfin la renvoyer là d’où elle vient, et protéger ce qui mérite de l’être. J’aime cette image d’une colère qui n’a rien d’aveugle et qui se met au service de ce qui est juste.
Petit clin d’œil du calendrier, j’écris ces lignes le jour même où commence Navratri, les neuf nuits que l’Inde consacre à l’énergie féminine.
Ne plus intervenir aussi tard
Bien sûr que la réparation des préjudices subis est capitale. Mais je ne peux plus me contenter d’intervenir après qu’ils aient eu lieu. Je ne sais pas encore comment cette énergie va se transposer dans mon quotidien, mais je la laisse faire son chemin.
Et vous, est-ce que vous sentez aussi cette énergie monter ? Des idées de comment se mettre en action ? Comment vous sentez que je pourrais vous aider ?
Et dire que ce constat arrive à peine une semaine après le début de mon voyage au Japon, qui m’a offert l’espace nécessaire, le fameux Ma, pour prendre du recul et réfléchir… Il me reste encore trois semaines ici, alors je ne sais pas ce que ça va donner, mais je vous conseille d’attacher vos ceintures !
octobre 11, 2026
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